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La question d’électricité n’a été traitée nulle part par tâtonnement, Monsieur le ministre de l’Energie !

Lors de son passage dans l’émission les Grandes Gueules d’Hadafo média le 11/02/2019, Monsieur Le Ministre a laissé comprendre que le gouvernement a la volonté d’apporter une nette amélioration dans la desserte en électricité et en eau potable. Par contre j’ai du mal à comprendre pourquoi il n’arrive pas à expliquer pourquoi cela tard à arriver malgré tous les investissements effectués.

Face à cette situation, je me permets d’apporter quelques observations par rapport au cas de l’électricité.

Soyons d’accord que Monsieur le ministre doit être en mesure de comprendre et apporter les explications concrètes par rapport aux problèmes liés à cette desserte en électricité.

En tous les cas, il doit comprendre que la question d’électricité est à la fois technique et financière. Par conséquent, si on ne la traite pas sous ces angles, on ne peut jamais résoudre les problèmes qui en sont liés.

Que faut-il comprendre dans la difficulté actuelle surtout ?

Certes il est bien d’avoir des potentielles énergétiques comme c’est le cas de la Guinée, me diront certains « château d’eau de l’Afrique de l’ouest ».  Encore très bien d’avoir des centrales comme on commence à en avoir en Guinée, 522.26 MW (dont 2.22 MW isolé, 12.6 MW hors réseaux et 507.44 MW connecté au réseau) de puissance opérationnelle et 1443 MW de puissance prévue si on en croit aux chiffres donnés par ECREEE.

Mais il faut signaler que 40% de cette capacité est perdue sur les lignes MT et BT selon Monsieur le Ministre. Ce qui est inacceptable si on sait que cela dépasse difficilement 10% ailleurs. En tenant compte de cette perte, il n’y a que 60% de la production qui arriverait donc aux consommateurs, soit 304.464 MW au total via le réseau.

Par ailleurs si 72,113% des 507.44 MW proviennent des barrages hydroélectriques, on comprend facilement la difficulté qu’a EDG à satisfaire le besoin des consommateurs dans la mesure où il s’agit là d’une source intermittente surtout maintenant ou il n’y a pratiquement pas d’eau dans les barrages. Je suppose qu’il existe d’autres sources que je n’ai pas citées, sinon c’est catastrophique.

Au-delà de tous ces manques, s’il faut fournir cette énergie électrique aux consommateurs sans savoir qui consomme combien, alors là vous comprenez la difficulté qui s’ajoute. Comment peut-on ravitailler correctement un client sans savoir la quantité au moins approximative de sa commande ?

Maintenant faisons comme si nous voulions résoudre le problème. C’est-à-dire qu’on va considérer le consommateur guinéen comme normal. Ce qui nous amène à considérer qu’il a besoin de l’électricité qui permet de faire fonctionner « correctement » ses appareils électriques à chaque fois qu’il en a besoin. C’est-à-dire qu’on de lui offrir une énergie électrique de qualité tout en assurant une continuité de service. Vous comprendrez ici pourquoi l’équation la plus importante et la plus difficile à résoudre pour les gestionnaires du réseau électrique est d’assurer l’équilibre entre la production d’énergie électrique (de qualité) et la puissance d’énergie électrique demandée par le client.

D’où l’importance d’avoir une idée de la demande du client en termes de provision.

Alors sait-on prévoir la consommation du client ?

Techniquement la réponse est oui avec une marge d’erreur raisonnable. Mais il faut le vouloir et ensuite appliquer ce qui existe partout ailleurs. C’est-à-dire mettre en place des compteurs électriques et accessoires. Ceux-ci permettront non seulement de quantifier la consommation électrique du client, mais aussi la contrôler.

Oui je sais ce que vous vous dites déjà. Et je vous rassure que je suis bien conscient que le problème de compteur est vu par la population comme un moyen de les soutirer injustement de l’argent. Mais cette façon de voir les choses fait partir d’une culture dont on a besoin de corriger dans notre société. Il est primordial que la population puisse avoir confiance aux services de l’Etat. Sinon c’est vraiment compliqué.

Pour cela, il faut commencer par l’informer de ce qui se passe. D’abord elle doit savoir que c’est son argent qui est utilisé pour construire le système électrique dans son ensemble ainsi que les services qui permettent d’assurer leurs fonctionnements.  Je crois qu’elle ne l’a pas saisi dans son vrai sens.

Ensuite il faut l’expliquer pourquoi la consommation de chaque foyer doit être quantifiée. Et surtout l’expliquer les enjeux énergétiques pour qu’elle comprenne dans qu’elle condition et contre quoi on arrive à les fournir cette denrée rare.

Pour cela, il faut trouver des personnes qui comprennent cette problématique dans son entièreté et qui savent la traduire en des langages que la population lambda comprenne.

On me dira, que dire encore à la population ?

Je dirai juste ce qu’il faut dire. Par exemple lui dire qui profite de la situation lorsqu’elle n’accepte pas d’installer les compteurs chez elle.

N’ayant pas encore effectuer d’étude sur le cas Guinéen, il serait intellectuellement injuste de ma part de situer cette responsabilité avec précision, mais je sais que ce n’est pas le bas peuple même si ce dernier même semble croire le contraire.

Du moment où on est d’accord que c’est l’argent du peuple qui est utilisé pour avoir de l’électricité. Naturellement la population doit être en mesure de savoir combien cette électricité coûte réellement ?

Cette question nous conduit à une étude très intéressante que font les économistes de l’énergie pour savoir combien coûte le kWh produit par un système énergétique, le LCOE (Levelized Cost of Energy).

Il s’agit du prix minimum moyen auquel l’électricité doit être vendue pour atteindre le seuil de rentabilité pendant la durée de vie du projet considéré, Kaleta par exemple. Dans cette étude, on considère l’électricité comme un produit fini, c’est à dire un produit qui a subi une certaine transformation pour être appelé « électricité ». Ce qui est très vrai en réalité. Partant de cette hypothèse, on comprend qu’il y a eu des dépenses pour arriver à cet état final que nous consommons. Alors il me semble indispensable de connaitre cette dépense avant de vendre l’électricité. Sinon vous conviendrez avec moi que sans connaitre le prix d’achat d’une marchandise, il est difficile de la vendre.

Par exemple dans le cadre du projet Kaleta, les dépenses ne se limitent pas seulement qu’aux 540 millions de dollar (chiffre précédemment connu) ou les 446 millions de dollar (selon le ministre), il faut que la population comprenne cela, ce montant concerne seulement les dépenses d’investissement (CAPEX). Mais d’autres dépenses continuent à être effectuées chaque jour pour assurer la production, le transport, la distribution et la fourniture de l’énergie électrique à la population, on parle alors des dépenses d’exploitation (OPEX). Malheureusement il n’y a que EDG qui peut connaitre ces chiffres avec précisions pour permettre de calculer le LCOE.

Une fois qu’on arrive à calculer ce LCOE avec des vrais chiffres, on connait le coût de revient de notre marchandise (énergie électrique). Ensuite c’est à nous de décider si on va la vendre ou l’utiliser sans rien payer. Mais au moins on sait l’argent qu’on dépense pour l’avoir.

Le fait qu’on accepte de livrer l’électricité aujourd’hui à la population sans quantification réelle, et que la population accepte cela, je crois que cela arrange quelqu’un d’autre qui n’est pas le peuple.

C’est pourquoi je pense que ce travail doit être fait et heureusement il existe plusieurs guinéens qui savent le faire, mais il faudrait-il qu’on leurs donne l’opportunité de la faire.

Absolument rien ne nous empêche de prendre ces dispositions qui sont indispensables pour assurer une desserte digne du nom. Elles permettraient à EDG de pouvoir ravitailler correctement sa clientèle et le service électrique va être fiable en Guinée. Cela nous permettra surtout de savoir sur quels points peut-on accentuer ou diminuer l’effort.

Quant à la tarification, je pense que cela dépend de plusieurs facteurs. Une fois qu’on aura installé les compteurs électriques et accessoires, par exemple si le pays était trop riche, on pouvait bien se permettre d’offrir gratuitement l’électricité à la population. Malheureusement on n’est pas si riche que ça. Par contre, il est bien possible de faire une tarification sociale qui permettrait à la population de payer les x premier kWh à Y GNF. Au-delà de ce x kWh, elle paie plus que Y.

J’invite Monsieur le ministre à revoir sa politique d’administration qui a montré toute sa limite. A son niveau, on ne doit plus se permettre de dire que tel ou tel personne m’a trompé avec des rapports. Administré c’est justement organisé pour éviter ce genre de problème. Sinon sanctionner. Surtout les contrôles ne doivent pas attendre des mois, en plus forte raison des années. Dans le cas exprès de la Guinée, vous devez avoir des alerteurs électroniques dans votre bureaux qui vous montrent à chaque instant la puissance produite par chaque centrale. Comme ça vous réagirez dès que ça manque quelque part.

J’en suis convaincu que 10 guinéens objectivement recruter, peuvent réfléchir pour proposer une solution à la fois sociale, économique, managériale et technique à la question d’électricité en Guinée. Pourquoi ne pas prendre le risque de lancer ce genre d’initiative au lieu d’aller chercher toujours des personnes ailleurs qui n’ont pas plus de compétence que les Guinéens ?

Jusqu’à preuve du contraire, je suis convaincu que se sont les responsables qui ne font pas correctement leurs boulots. Avec plaisir, j’apporterai les argumentations partout ou besoin sera et je suis prêt à en discuter avec qui veut tant que je peux.

Abdoulaye Djigui KOITA

Diplômé en Efficacité Energétique Industrielle

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