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Rétrospective : les moments forts, tendus, de la politique guinéenne en 2018

Comme les autres années depuis 2010, en 2018, la Guinée a également été secouée politiquement. Une crise née au lendemain de la tenue des communales du 4 février. Au sortir de ce scrutin, l’opposition dirigée par Cellou Dalein Diallo accuse des magistrats d’obéir aux ordres de la hiérarchie pour falsifier des PV en faveur du pouvoir. La révolte des opposants a occasionné des rencontres avec le chef de l’Etat Alpha Condé, qui a aussitôt invité le comité de suivi piloté par le ministre de l’administration du territoire, et de la décentralisation  à trouver une solution à la crise en vue de passer à la vitesse supérieure. Sauf que ce comité de suivi n’a pas pu calmer les ardeurs. C’est finalement les QG des partis politiques qui serviront de cadre à la signature d’accords qui n’ont pas aussi permis  grand-chose. Cependant, dans la même année, 10 mois après le scrutin communal, le ministre du MATD annonce le début de l’opération d’installation des conseils communaux en créant des confusions autour du processus. En 2018, Sidya Touré a également démissionné de son poste de Haut Représentant du chef de l’Etat. Aussi, l’assemblée nationale a adopté la loi sur la nouvelle configuration de la commission électorale nationale indépendante.

L’année 2018 a démarré avec l’organisation des élections communales du 4 février. Ces élections tant réclamée par l’opposition, ont eu lieu sous fond de tensions dans le pays. Sur les 342 communes urbaines et rurales que compte la Guinée, des irrégularités sont signalées dans plusieurs circonscriptions lors du scrutin. L’opposition pointe du doigt les magistrats qui ont suivi de près le déroulé du vote.

Cette irrégularité a occasionné des rencontres au palais Sékhoutouréah entre le chef de l’Etat et ses opposants, notamment le chef de file de l’opposition, et le leader de l’UFR. Les rencontres ont eu pour suite, des accords paraphés. Mais cette fois, loin du comité de suivi. En premier, un document dit de sortie de crise est signé le 8 Août, entre le ministre du MATD, Bouréma Condé, le chef de la majorité présidentielle, Amadou Damaro Camara, et le chef de file, Cellou Dalein Diallo. L’accord proprement dit prévoyait des solutions consensuelles pour aboutir à l’installation des élus communaux. Des jours après, un autre est signé entre le parti de Sidya Touré, et celui du pouvoir.

Seulement que, ces arrangements politiques n’ont pas solutionné la crise. 10 mois après la tenue du scrutin, l’on assiste à l’installation douteuse des élus. Dans cette installation, l’opposition et la mouvance ont toutes dénoncé le non-respect des accords pourtant signé. A Kindia, où le pouvoir devait respecter sa parole, c’est l’élu de l’UDG, le parti dirigé par l’homme d’affaire Mamadou Sylla, qui sort victorieux. Pourtant, à Dubréka, l’UFDG a respecté l’accord. Le même scénario s’est produit au niveau de Boké, région dans laquelle, le RPG Arc en ciel a juré d’appuyer l’élu de l’Union des Forces Républicaines.

C’est dans ce contexte alors, que l’opposition dirigée par Cellou Dalein Diallo a repris le chemin de la rue, pour dit-elle, protester contre le non-respect de l’accord. Durant plusieurs semaines de l’année, les adversaires politiques d’Alpha Condé se saisissent de la rue pour se faire entendre, alors que le Gouvernement a décidé d’interdire toutes formes de manifestations dans le pays. Un long bras de fer oppose donc pouvoir et opposition dans la rue. Le domicile privé du leader de l’UFDG a été mainte fois quadrillé par les agents de maintien de l’ordre. Pire, son véhicule, a été également visé par un projectile.

En 2018, la Guinée a atteint la barre des 100 morts enregistrés lors des manifestations politiques depuis 2010. Cette situation a poussé le Gouvernement dirigé par Ibrahima Kassory Fofana, à déployer des patrouilles mixtes composées de la police, la gendarmerie, et l’armée sur la route le Prince. Une décision aussitôt dénoncée par la classe politique et des activistes des droits de l’homme.

Malgré les multiples tensions, l’opération d’installation des élus locaux suit son cours normal, et l’opposition prend part au processus.  Dans la Capitale Conakry, le bilan est plutôt étonnant pour le parti présidentiel qui s’est vu chicoter par des listes indépendantes et des formations politiques. Un échec dénoncé par le président Alpha Condé qui a critiqué la stratégie adoptée par les responsables du RPG-arc-en-ciel, qui n’ont pas respecté les consignes du parti selon lui. Dans la commune de Matoto, la plus peuplée du pays, le sort du nouveau maire n’est toujours pas scellé. Le ministre de l’administration du territoire Bouréma Condé a annulé le vote. Le parti de Cellou Dalein Diallo refuse toute reprise du vote réclamant la victoire de son candidat Kalémodou Yansané. Mais le parti présidentiel se dit « favorable » à la reprise, avec ou sans la participation de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée.

En fin d’année, le chef de la majorité présidentielle  Amadou Damaro Camara, a déclaré que le parti présidentiel a gagné plus de 50 % des communes à travers le pays. Pour lui, le parti au pouvoir a eu un bilan positif lors des communales, même si des leçons doivent être tirées.

Autres sujets ayant marqué 2018, c’est bien l’adoption de la loi sur la configuration de la  nouvelle CENI, et l’assainissement du fichier électoral. Ce fichier est d’ailleurs, décrié par l’opposition qui le qualifie de scandaleux.

En sommes, il faut indiquer que cette année s’en va avec une grosse cacophonie dans une dizaine de circonscriptions du pays, qui ne sont toujours pas installées. Pourtant, selon le député Damaro, ce retard va forcément pénaliser le respect du calendrier électoral, alors que pour changer le parlement, les élections législatives sont attendues en 2019, un an avant la présidentielle de 2020. Mais plusieurs partis de l’opposition dénoncent le fichier électoral, jugé favorable aux électeurs du parti présidentiel.

En 2018 également, Kéléfa Sall, a été évincé à la tête de la cour constitutionnelle. Sidya Touré qui a été nommé d’il y a trois ans par Alpha Condé, Haut Représentant du chef de l’Etat, a démissionné de cette fonction.

Alpha Madiou BAH

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