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La liquidation du Patrimoine Politique par le Dirigeant d’un parti n’est-il pas un crime moral ? (Par Abdoul Kader Makanera)

Un parti politique est une personne morale de droit privé, certes fondé par deux ou un groupe de personnes pour des fins de conquête du pouvoir. Cette personne morale de droit privé est distincte de ses créateurs et la loi interdit qu’elle soit une propriété privée ou qu’elle soit gérée en tant que telle. Hormis cette première étape de création par un cercle restreint de personnes, toutes les autres étapes et aspects d’un parti sont franchis grâce à la bonne volonté des populations (militants) qui s’investissent, des fois au prix de leur vie pour créer et promouvoir une image de valeur du parti et du politicien qui est à sa tête. Cette valeur est considérée comme le capital politique du parti qui devient du coup, le patrimoine commun de tous ses membres.

Le terme capital politique est une métaphore utilisée dans la théorie politique pour conceptualiser l’accumulation de ressources et de pouvoir construits par le biais de relations, de confiance, de bonne volonté et d’influence entre les partis politiques  et les autres parties prenantes, telles que les électeurs.

Ce capital politique est  fait de biens matériels (cotisation pécuniaire des militants…) et immatériels (image du parti et ses dirigeants) que les politiciens peuvent utiliser pour mobiliser les électeurs ou pour obtenir les réformes des politiques publiques, ou bien pour atteindre d’autres objectifs politiques. Différent du capital au sens littéral du terme, le capital politique désigne la confiance dont jouissent les partis et personnalités politiques auprès de la population. Il est souvent décrit comme un type de crédit ou une ressource qui peut être : conservée, utilisée, investie, gaspillée, perdue ou sauvegardée.

COMMENT MESURER LE CAPITAL POLITIQUE D’UN PARTI POLITIQUE ?

La théorie politique a recours à diverses approches pour mesurer le capital politique afin d’analyser son influence sur les politiques locales, régionales, nationales  et internationales. Le capital politique est parfois théorisé en termes d’objectivation ou d’application concrète au concept par ailleurs abstrait. Certains théoriciens considèrent notamment le nombre de votes, le nombre de personnes présentes à une réunion, les manifestants présents lors d’une manifestation, l’argent collecté lors d’une campagne politique, les résultats de sondages d’opinion et d’autres facteurs à considérer ou des éléments matériels et mesurables du capital politique. Dans tous les cas de figures, les apports des membres du parti sont déterminants.

L’INTÉRÊT PERSONNEL DU DIRIGEANT POLITIQUE OU L’AVENIR DU PARTI ?

Un candidat gagne du capital politique en remportant des élections par le choix du plus grand nombre d’électeurs attirés par des politiques mises en œuvre ou par des promesses de  politiques à mettre en œuvre qui bénéficient de l’appui de la majorité des électeurs.

Le capital politique d’un parti doit être dépensé pour être utile au parti dans le long terme. Il doit être préservé pour qu’il ne s’effondre pas à la fin du mandat d’un seul candidat. Par ailleurs, il est malheureusement souvent gaspillé, généralement par des tentatives infructueuses de promotion de politiques impopulaires qui ne sont pas au cœur du programme du parti, mais servant à défendre les intérêts personnels de ses dirigeants.

L’appui du public étant une forme particulière de capital social permettant d’exercer l’influence politique, il ne peut en réalité, aucunement être le résultat d’un exploit personnel du candidat. Quels que soient ses efforts, ce capital est obligatoirement le fruit d’un travail collectif appelé combat politique pour accumuler des victoires servant à atteindre la popularité permettant au  candidat d’amorcer son ascension vers le succès politique dont l’objectif ultime est la conquête du pouvoir. C’est notamment pour cette raison qu’un parti politique est un patrimoine commun de tout ceux et celles qui se battent pour l’atteinte de ses objectifs. Cela signifie qu’aucun individu quand bien même qu’il soit le fondateur et représentant légal du parti, ne peut prétendre en être propriétaire au sens propre du terme. Allant de ce postulat, nul n’a, alors, le droit de mettre en péril le patrimoine commun qu’est un parti politique qui résulte du capital politique accumulé par l’effort de tous ses membres.

L’objectif d’un bon dirigeant doit résider dans la sauvegarde et le bon usage de ce capital politique pour l’intérêt collectif, en s’abstenant de tout projet personnel pouvant entrainer son gaspillage et provoquer la disparition du bien commun qui est le parti politique qu’il dirige. Cependant, les membres d’un parti politique doivent-ils assister en spectateurs désintéressés, qu’un dirigeant politique utilise le parti comme un instrument au service de son seul intérêt au risque de causer la disparition du parti dès son départ du pouvoir ? Un bien collectif a besoin d’être défendu par tous ses propriétaires. Il en est ainsi d’un parti politique.

 

Alors, n’est-il pas un crime moral qu’un dirigent politique se comporte de telle sorte que son départ  du pouvoir entraine la disparition de son parti comme cela a été le cas du PDG-RDA et PUP ?

 

Abdoul Kader MAKANERA 

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