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Guinée : Alpha Condé sur les pas du Capitaine Dadis Camara ?

Ce qui s’est passé ce 24 mars 2019 à Gbessia n’est pas sans rappeler ce qui s’était passé le 15 avril 2009 à Boulbinet. Dans la première déclaration le capitaine Moussa Dadis Camara menaça d’ôter la tenue pour se présenter à l’élection présidentielle de 2010. Dans la  seconde, le professeur Alpha Condé a donné les signes annonciateurs de sa volonté de s’offrir une présidence à vie.

Cependant, le parallèle n’existe que dans les déclarations. La première déclaration avait été faite dans l’euphorie. Elle n’était pas bien réfléchie et bien murie. Tout le contraire de la seconde. Si l’officier pouvait faire des déclarations à l’emporte-pièce, le civil, lui, ne dit et ne fait rien au hasard.

Premièrement, en demandant à ses militants de se préparer à l’affrontement, le chef de l’Etat envoie un message clair aux Guinéens. Il commence à dire tout haut ce que ses thuriféraires murmurent tout bas depuis longtemps. C’est la signification du message selon lequel « personne ne peut m’empêcher d’aller vers le peuple ».

Si celui qui est la garant de la paix et la stabilité demande à ses partisans de se préparer aux affrontements ce discours est plus qu’inquiétant. C’est à une véritable veillée d’arme que nous assistons. Ce discours n’est pas sans rappeler celui que Laurent Gbagbo adressait à ses militants pendant la crise ivoirienne.

Deuxièmement, l’accusation selon laquelle Abdourahmane Sanoh a voulu perpétrer un coup d’Etat pendant la grève des enseignants n’est pas anodine. Elle aurait pour objectif de culpabiliser et de déstabiliser l’homme afin qu’il se dise qu’il faut garder profil bas pour ne pas avoir des ennuis. Sans doute que dans l’entendement du régime, seul M. Sanoh a la carrure et la stature de mener une résistance redoutable contre la velléité de présidence à vie au sein de la société civile guinéenne.

C’est vrai qu’un ancien ministre est plus enclin à opposer une résistance qu’un autre qui n’a jamais assumé une quelconque responsabilité par le passé. Il faut donc donner du grain à moudre à cet ancien ministre pour ensuite s’occuper des autres au cas par cas. Reste à savoir si cette grave accusation va émousser la détermination de cet homme ou si, au contraire, elle le rendra plus déterminé à mener le combat. D’autant plus que les hostilités sont déclenchées par l’autre camp.

Troisièmement, la légère et vulgaire qualification d’artistes reggae mans de drogué est l’illustration d’une panique. Dans un système où l’achat de conscience est devenu monnaie courante, il est plus facile de mobiliser les autres artistes en leur donnant « le prix de la kola » pour chanter et danser pour une présidence à vie. Les reggae mans, eux, pourraient faire entendre un autre son de cloche. Ils l’ont déjà fait. C’est ce qui irrite le palais. Il faut donc discréditer et dévaloriser ces derniers aux yeux de l’opinion.

Quatrièmement enfin, le fameux débat annoncé sur le bilan des anciens Premiers ministres est un discours déjà entendu. Depuis près de 9 ans les anciens Premiers ministres sont accusés de tous les péchés d’Israël. La fin justifiant les moyens, cette fois le chef de l’Etat serait prêt à tout mettre en œuvre pour discréditer ceux qui pourraient être un obstacle pour son maintien au palais. D’autant plus qu’il se rend compte que le trio, Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté, pourrait à nouveau faire front commune contre le fameux troisième mandat.

Il s’agirait donc de montrer à l’opinion publique que ceux qui n’ont rien fait hier ne feront rien demain. Mais la tâche est plus hardie. Car convaincre un seul citoyen que si rien n’a été fait depuis 9 ans la faute incombe aux Premiers ministres Mohamed Saïd Fofana, Mamady Youla et Ibrahima Kassorye Fofana ne passera comme un simple timbre à la poste.

Habib Yembering Diallo

habibydiallo@gmail.com

Téléphone : 664 27 27 47

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